Assalamou 'alaykoum,

Verset 9/sourate 59:

وَالَّذِينَ تَبَوَّءُوا الدَّارَ وَالْإِيمَانَ مِنْ قَبْلِهِمْ يُحِبُّونَ مَنْ هَاجَرَإِلَيْهِمْ وَلَا يَجِدُونَ فِي صُدُورِهِمْ حَاجَةً مِمَّا أُوتُوا وَيُؤْثِرُونَ عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَلَوْ كَانَ بِهِمْ خَصَاصَةٌ وَمَنْ يُوقَ شُحَّ نَفْسِهِ فَأُولَئِكَ هُمُ الْمُفْلِحُونَ


« Quant à ceux qui se sont installés dans la cité et ont embrassé la foi,avant eux, ils aiment ceux qui ont émigré vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune jalousie pour ce qu’ils ont reçu. Ils les préfèrent à eux-mêmes, même s'ils sont dans le dénuement le plus total. Et quiconque se prémunit contre sa propre avarice…ceux-là sont ceux qui réussissent »

1er point :
« Quant à ceux qui se sont installés dans la citéet ont embrassé la foi, avant eux »

« Quant à ceux qui se sont installés » : il s’agit des Ansâr, ceux qui ont accueilli leurs frères qui ont émigré de la Mecque vers Médine (Mouhâdjiroûn) sur ordre d’Allah et de Son Prophète.

« dans la cité » : il s’agit de Médine.

« avant eux » : c’est à dire avant l’arrivée des Mouhâdjirîn.

Allah fait donc référence en ce début de verset aux Ansâr qui se sont établis à Médine avant les Mouhâdjirîn et qui ont embrassé l’Islam avant l’arrivée de ces derniers. En effet, la foi est entrée dans Médine avant l’émigration (Hidjra).

2ème point :
« Ils aiment ceux qui ont émigré vers eux ».

Les Ansâr aiment les croyants qui ont émigré vers eux parce qu’ils sont leurs frères. C’est pourquoi, à leur arrivée à Médine, le Prophète a procédé à la fraternisation des deux groupes si bien que chaque Médinois a cédé la moitié de sa fortune à son frère émigré. N’oublions pas que les Mouhâdjirîn avaient quitté la Mecque en laissant tout derrière eux. L’amour qu’ils ressentent pour leurs frères émigrés est un amour en Allah (fil lâh). Il n’y avait, en effet, aucun lien de parenté entre Ansâr et Mouhâdjirîn. Les Ansâr ne faisaient pas partie de la tribu des Qoraych, mais des tribus Aws et Khazradj. Le seul lien qui les unissaient était donc la reconnaissance de la vérité venue d’Allah etde Son prophète et le rejet de tout ce qui allait à l’encontre de cette vérité. Ils aimaient et détestaient en Allah. Les Ansâr ont donc associé leurs frères Mouhadjirîn à tout ce qu’ils possédaient. Cette fraternisation a atteint un tel degré qu’un Médinois du nom de Sa’ad ibn ar-rabi’a a divorcé d’une de ses épouses pour la donner en mariage au frère émigré avec qui il a fraternisé,‘Abderrahmân ben ‘awf !

3ème point : « Et ils ne ressentent aucune jalousie pour ce qu’ils ont reçu ».

Les Ansâr ne ressentent aucune jalousie pour ce que les Mouhâdjirîn ont reçu.Les exégètes expliquent que les Mouhâdijrîn partageaient les demeures des Ansâret lorsque le Prophète s’appropria les biens de la tribu juive des Banoun-nadhîr, qui avait attenté à la vie du Prophète, il appela les Ansâr et les remercia d’avoir accueilli chez eux leurs frères
Mouhâdjirîn et partagé leurs biens avec eux, puis il s’adressa à eux en ces termes :

« Si vous voulez, je partage les biens des Banoun-nadhîr qu’Allah m’a octroyés entre vous [Ansâr] et eux[Mouhâdjirîn] et les Mouhâdjiroûn continuent à partager vos demeures et vos biens. Et si vous voulez, je leur donne tout et ils quittent vos demeures.»

Sa’ad ben ‘Oubâda et Sa’ad benMou’âdh répondirent : « On répartit le butin entre les Mouhâdjirîn et ils restent dans nos demeures comme avant.» Les Ansâr se mirent alors à crier :« Nous sommes satisfaits et nous nous soumettons oh Messager d’Allah.»Le Prophète dit alors : « Seigneur sois bon envers les Ansâr et les fils des Ansâr ». Le Prophète répartit ainsi le butin entre les Mouhâdjirin et il ne donna rien aux Ansâr sauf à trois d’entre eux.

4ème point :
« Et ils les préfèrent à eux-mêmes, même s’ils sont dans le dénuement le plus total».

Les Ansâr étaient prêts à renoncer au peu de nourriture qu’ils avaient pour que leurs frères Mouhâdjirîn puissent manger!!

Abou Hourayra rapporte qu’un homme est venu voir le Messager d’Allah et lui a fait part de son état de pauvreté extrême. Le Prophète a alors demandé à ses épouses si elles avaient quelque chose à manger chez elles mais toutes ont répondu qu’elles n’avaient rien d’autre que de l’eau. Le Prophète se tourna alors vers ses Compagnons et demanda : «Qui peut lui accorder l’hospitalité pour cette nuit, qu’Allah lui fasse miséricorde ? » Un homme des Ansâr répondit favorablement à la demande du Prophète et partit donc avec l’homme. Lorsqu’il arriva, il demanda à sa femme s’il y avait quelque chose à manger. Elle répondit : « Non sauf la nourriture des enfants.» Il lui dit alors: « Occupe les avec quelque chose. Quand notre invité entrera, éteins la lumière et quand il commencera à manger fais comme ci on mangeait aussi.» L’invité mangea et lorsque le lendemain matin le prophète apprit ce que le couple avait fait pour leur invité, il leur dit : « Allah s’est étonné de ce que vous avez fait avec votre invité cette nuit.» (Al-boukhâri/Mouslim).

Ainsi, cet homme et cettefemme ont préféré leur invité à eux-mêmes, et ce malgré leur situation de dénuement complet. C’est cela qu’on appelle Al-îthâr en arabe. L’Imâm Al-qourtoubiy définit ce terme de la manière suivante : « C’est préférer autrui à soi-même en renonçant à sa part de la vie d’ici-bas par désir pour sa part de l’Au-delà et cette qualité résulte de la certitude profonde, de l’amour certain (pour son frère) et de la patience face à la gêne.»

L’Imam An-nawawi retire un certain nombre d’enseignements de ce hadith :

1) Le renoncement du Prophète et de sa famille à la vie d’ici-bas, la patience face à la faim et la dureté des conditions dans lesquelles le Prophète et sa famille vivaient.

2) Le devoir qu’a le chef (kabîroul qawm) de secourir celui qui est dans le besoin par ses propres moyens, s’il en est capable, avant de demander à ses compagnons s’ils peuvent faire quelque chose. Le prophète a d’abord interrogé ses épouses pour voir s’il pouvait lui même porter secours à l’homme qui était venu le voir. De même, quand quelqu’un dans le besoin nous demande de l’aide, nous devons voir ce que nous pouvons faire à notre niveau avant de l’envoyer vers d’autres. Malheureusement, nous qui considérons l’aide aux personnes en détresse comme une charge, comme un poids, choisissons la solution la plus facile, et nous contentons d’envoyer la personne vers d’autres frères sans réfléchir un instant à ce que nous pourrions faire par nos propres moyens.

3) L’importance de l’entraide dans les moments difficiles.

4) Le mérite d’honorer son invité et de le préférer à nous-mêmes.

5) Les vertus de cet homme des Ansâr et de sa femme.

6) La possibilité de tromper son invité (Al-ihtiyâl) dans le but de l’honorer. L’homme des Ansâr et sa femme ont fait semblant de manger car si l’invité avait vu le peu de nourriture qu’il y avait et qu’ils n’étaient pas en train de partager son repas, il aurait renoncé à manger.

5ème point :

Le fait de préférer son frère à soi-même au prix de sa propre vie est encore meilleur. L’Imam Al-qourtoubiy rapporte dans son tafsîr l’histoire suivante remarquable :

Houdhayfa Al-‘adawi raconte : « Le jour de la bataille de Al-yarmoûk, je suis parti à la recherche de mon cousin paternel. J’avais avec moi un peu d’eau et je me disais : « si je le trouve encore vivant, je lui donnerai à boire ». Lorsque je l’ai enfin trouvé, je lui ai dis : « Je te donne à boire ?». Il m’a répondu oui de la tête. C’est alors que j’ai entendu les gémissements d’un homme. Mon cousin m’a fait signe de me rendre auprès de cet homme. Quand je suis arrivé, j’ai reconnu Hichâm ibn Al-‘âs. Je lui ai demandé : « Je te donne à boire ? ». A ce moment, il a entendu les gémissements d’un autre. Hichâm m’a fait signe de me rendre auprès de lui. Lorsque je suis arrivé, je l’ai trouvé mort. Je suis revenu vers Hichâm, je l’ai trouvé également mort. Je suis alors revenu vers mon cousin, il avait également rendu l’âme.»

Au final, personne n’a bu car chacun a pensé à son frère!

6ème point : « Et quiconque se prémunit contre sa propre avarice…ceux-là sont ceux qui réussissent »

« Ach-chouh » en arabe, c’est l’avarice associée à la convoitise. Le terme «Ach-chouh » est donc plus fort que le terme « Al-boukhl » (Pour certains savants, il n’y aucune différence entre les deux termes). Ainsi, celui qui se prémunit contre le « chouh », qui se montre généreux en dépensant des biens qu’Allah lui a donnés, en secourant le pauvre et en aidant la personne en détresse et qui montre de l’amour pour son frère, sera de ceux qui réussiront dans cette vie d’ici-bas et dans l’Au-delà.


wal lahou 'alam.